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CULTURE/ Arts & Spectacles : ÉKAMBI BRILLANT a tiré sa révérence...

Ékambi Brillant, artiste-musicien camerounais et auteur du fameux titre «Elongui»
Ékambi Brillant, artiste-musicien camerounais et auteur du fameux titre «Elongui».

Il a bercé la jeunesse de bon nombre de mélomanes et, aujourd’hui encore, «Elongui», son titre-culte, reste une mélodie immortelle. Ékambi Brillant, que j'ai eu le privilège de rencontrer en juillet 2010 à Yaoundé, nous a quittés ce 12 décembre à 74 ans. En guise d'hommage, je publie à nouveau ici cette interview qu'il m'avait accordée, et dans laquelle nous avons revisité un pan de son parcours musical. Une belle causerie, entre privilège d’une rencontre exceptionnelle et enrichissement professionnel, alors que je rencontrais ce merveilleux artiste africain pour la première fois, après avoir longtemps fredonné, dans ma jeunesse, ses chansons…

QUE DEVIENT L'ARTISTE ÉKAMBI BRILLANT, QUI A… BRILLÉ PENDANT PLUSIEURS DÉCENNIES ?

Je suis toujours artiste et je le demeurerai toujours. Seulement, je ne fais plus de tournées, notamment vers l’Afrique de l’Ouest, comme je le faisais dans les années 1980. Après cette période, je suis en effet allé aux Etats-Unis, où j’ai vécu pendant une quinzaine d’années, avant de rentrer chez moi, au Cameroun. 

De retour, j’ai essayé de mettre quelque chose en place avec Manu Dibango. Mais la structure qu’on a initiée n’a pas bien marché parce que les gens n’ont pas compris… Après, je continue toujours de faire de la musique, des spectacles. Je prépare d’ailleurs un nouvel album qui sortira au mois d’octobre (octobre 2010, Ndlr), et je vais à Londres à cet effet.

PARLEZ-NOUS DE CE NOUVEL ALBUM…

L’album comportera dix à douze titres. En termes de thématique et de tendance, j’ai eu le temps d’écouter beaucoup de jeunes artistes africains, ceux qui ont du succès et ceux qui n’en ont pas, ceux qui se débrouillent, ceux qui se cherchent… Je pense que ce sont les artistes qui font la mode et non le contraire. 

Je ne suis pas un artiste de la mode et j’ai mûrement préparé l’album qui va sortir bientôt. J’écris, je travaille, j’enregistre et ce sont les mélomanes qui en font une mode lorsque l’album sort. Donc, ce n’est pas un album ciblé, mais il est composé de belles chansons.

QUELS THÈMES ABORDEZ-VOUS DANS CET ALBUM ?

Les thèmes sont nombreux. Vous savez, l’Afrique a des problèmes. Nous avons une crise d’identité, une crise de démocratie, d’économie, de liberté… Tout cela m’a beaucoup inspiré au gré de mes nombreux voyages, après avoir écouté, visionné plusieurs télévisions africaines. 

Le moment est venu pour que nous soyons très fiers d’être Africains en faisant des choses qui nous honorent. Et aussi, en croyant en nous-mêmes et en nos propres capacités, en nos forces, et en cessant de pleurer et de toujours accuser l’Occident. Nous sommes suffisamment mûrs, nous sommes suffisamment aguerris pour faire les choses par nous-mêmes… Ce sont là les problématiques qu’abordent certaines chansons de mon nouvel album.

VOUS QUI AVEZ BEAUCOUP ÉCOUTÉ LES JEUNES, COMMENT APPRÉCIEZ-VOUS LA MUSIQUE DE LA NOUVELLE GÉNÉRATION, AU CAMEROUN ET UN PEU PARTOUT EN AFRIQUE ?

Mon point de vue – et il n’engage que moi - est qu’il faut que les jeunes prennent le temps de faire des recherches et de travailler énormément. La musique, ce n’est pas de la rigolade ! C’est un métier, toute une vie pour un artiste. 

Ce n’est pas en trois ou quatre ans qu’on devient un grand artiste, mais au bout de plusieurs longues années, au prix de beaucoup de sacrifices. Ils sont à la recherche de succès, mais le succès ne vient pas dans tous les albums. Il faut persévérer. C’est vrai que certains sont doués, mais il faut travailler pour avoir le talent. Le talent s’acquiert après des années de travail…

MAIS POURTANT VOUS, ÉKAMBI BRILLANT, VOUS AVEZ DU TALENT À REVENDRE, ET VOUS EN AVEZ EU QUASIMENT TOUT DE SUITE! COMMENT EXPLIQUEZ-VOUS CELA ?

Je me suis préparé, je connaissais la musique, que j’ai étudiée. J’ai une culture musicale anglo-saxonne, que j’ai apprise au lycée et je me suis beaucoup inspiré de cette musique, en écoutant les Beatles, James Brown, Otis Redding… Mais j’ai également beaucoup écouté des artistes comme Franco et Tabu Ley, ainsi que la musique de mes aînés camerounais comme Francis Bebey, Manu Dibango. C’est dans tout cet amalgame, qui a bouillonné dans ma tête, que j’ai tiré le style d’Ekambi Brillant.

ET VOUS AVEZ SU FAIRE AIMER, IMPOSER VOTRE BLUES, VOTRE STYLE, DANS UN UNIVERS COMPLÈTEMENT ACQUIS AU MAKOSSA, PAR EXEMPLE…

-

Oui… Oui, parce que j’avais déjà une base bien solide, une culture musicale fondée. Je savais jouer la guitare, le piano, je faisais des arrangements, j’ai été à l’école des harmonies… En ajoutant tout cela à la richesse musicale qui bouillonnait dans ma tête, il ne pouvait sortir que des mélodies ou des chansons qui touchent les gens, notamment ceux qui sont sensibles à la bonne musique. 

Donc, j’ai commencé très jeune, j’ai vite compris que je ne dois pas rester au Cameroun, mais faire le tour du monde, et j’ai également su entrer dans les majors. En effet, beaucoup d’artistes africains n’étaient pas acceptés par les majors. Moi j’ai eu cette chance, et cela a permis que ma musique soit diffusée dans le monde entier.

VOUS RAPPELEZ-VOUS DE VOTRE TOUTE PREMIÈRE SCÈNE ?

Oui… C’était à Douala. Je venais de décrocher un concours de jeunes espoirs de la chanson africaine avec l’ORTF, qui est devenue RFI actuellement. J’ai été lauréat du concours et j’ai organisé un petit concert au Centre culturel français… Ensuite, j’ai négocié une salle de cinéma, qui était un peu plus spacieuse. Je n’avais pas d’argent, mais le gérant, un Breton, a accepté de me programmer sur la base d’un arrangement, parce que ses collègues lui ont dit qu’ils croyaient en moi: il prenait la recette jusqu’à hauteur du montant de la location et le reste me revenait. On a eu un succès fou, qui m’a surpris moi-même !

Je voulais être un très grand artiste, et j’avais introduit les lumières dans mon spectacle. Les paillettes, les strass, pour faire rêver les gens ! Je n’avais pas d’argent pour acheter des lumières de scène à cette époque et j’ai dû fabriquer des gélatines pour couvrir la lumière blanche et donner les effets de couleurs que je souhaitais, en fonction de mes jeux de scène… 

VOUS AVEZ DONC APPRIS À ORCHESTRER VOUS-MÊME VOTRE CARRIÈRE DEPUIS TOUT ENFANT. PEUT-ON DIRE QUE « ÉLONGUI » EST VOTRE PLUS GRAND SUCCÈS ?

En effet, « Élongui » a été un très grand succès, même si j’ai fait beaucoup d’autres chansons qui ont également bien marché. Mais c’est « Élongui » qui m’a véritablement propulsé sur le plan international, parce que c’est une belle mélodie, bien orchestrée, et qui a même été reprise par des ténors comme Demis Roussos.

JUSTEMENT, POUR CEUX QUI NE LE SAVENT PAS, QUE DITES-VOUS DANS CETTE CHANSON ?

« Élongui » veut dire la chanson, la musique. Partout où je me trouve, j’aime la chanson parce que la musique adoucit les cœurs, les mœurs… Et si un jour Dieu m’appelle, je chanterai avec les anges… Tel est le fond du message de « Élongui ».

PARMI LES ARTISTES AFRICAINS DONT VOUS AVEZ ÉGALEMENT PROPULSÉ LA CARRIÈRE, IL Y A NOTAMMENT CELLA STELLA, QUI A ÉTÉ, UN MOMENT, VOTRE COMPAGNE, ET ANGÉLIQUE KIDJO. CURIEUSEMENT, TOUTES LES DEUX SONT BÉNINOISES. Y A-T-IL UNE RAISON À CELA ?

Non, c’est juste le fait du hasard, du parcours d’un aventurier qui aimait les voyages. J’ai fait, dans le temps, un grand spectacle au Togo et au Bénin, qui a eu beaucoup de retentissement. Cella Stella était là. Elle était jeune, elle allait à l’école et chantait le week-end dans un cabaret. On est allé dans son cabaret et elle est venue me voir pour me confier son désir d’être une grande chanteuse. Quelques temps après, en France, j’ai parlé d’elle à mon producteur qui a accepté qu’on la prenne sous notre coupe si j’écrivais ses chansons. C’est ce que j’ai fait, avec succès.

C’est à partir de là que les parents d’Angélique Kidjo m’ont rencontré pour que je m’occupe de la carrière de leur fille. Là également, j’ai écrit quelques chansons qui ont bien marché, avant qu’elle ne parte pour l’Europe pour connaître la belle carrière qui est la sienne. Elle a énormément travaillé et je suis très fier de son parcours.

COMMENT CETTE HISTOIRE MUSICALE AVEC CELLA STELLA EST-ELLE DEVENUE UNE HISTOIRE D'AMOUR, ET QU'EN EST-IL AUJOURD'HUI ?

Cella Stella était une belle femme, bourrée de talent! Son talent m’emballait… Je suis très sensible au talent. À tous les niveaux. Quand je vois un footballeur ou un boxeur talentueux à la télévision, j’en tombe amoureux. Quand je vois un journaliste talentueux, j’en tombe amoureux. J’ai dit un jour à un journaliste que si j’étais une femme, tous les talentueux allaient me prendre… (Rires).

Je suis donc d’abord tombée amoureux du talent de Cella Stella, avant d’aimer la femme. De notre relation, est né un garçon, Johnny Ekambi. Après, je suis parti aux Etats-Unis, je suis tombé fou amoureux de l’Amérique – je l’étais déjà depuis mon enfance ! - et j’ai un peu oublié Cella Stella…

SAVEZ-VOUS CE QU'ELLE EST DEVENUE ET SERIEZ-VOUS PRÊT À LUI ÉCRIRE DE NOUVELLES CHANSONS ?

Je pense qu’elle se trouve à Paris. Je ne sais pas si elle a toujours le même talent. Mais, oui, pourquoi pas, si elle le demande, je lui écrirai de nouvelles chansons.

ÉKAMBI BRILLANT, EN TANT QUE PEINTRE DE LA SOCIÉTÉ, COMMENT RÊVEZ-VOUS LA NÔTRE POUR LA PROCHAINE DÉCENNIE ?

Moi, j’ai confiance en l’Afrique. Et j’ai une bonne lecture des événements, même politiques… J’avais, par exemple, dit que Barack Obama allait devenir président des États-Unis, lorsqu’à la faveur d’un séjour, j’ai vu sa prestance, écouté son discours, etc. J’ai le chic pour cerner les gens, à travers leur image à la télévision, le timbre de leurs voix… Si je n’étais pas artiste, je serais un très grand professionnel du marketing…

ET PAS UN POLITIQUE ?

Non…

MAIS POURQUOI PAS? VOUS SAVEZ LIRE LES ÉVÉNEMENTS, VOUS SAVEZ MÊME LES PRÉVOIR…

Non, je ne prévois pas. Mais je sais lire les événements. J’ai une bonne lecture de la vie. Je sais quand on triche, bricole ou essaie d’arnaquer… Et je sais aussi quand c’est cool ! (…).

VOTRE RÊVE POUR L'AFRIQUE ?

L’Afrique doit être libre et démocratique. Les Africains doivent être heureux et bien dans leur peau. Et que l’Afrique gagne partout ! C’est cela mon rêve le plus cher.

© Serge Mathias Tomondji
In Notre Afrik N°2, Août 2010

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