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TRIBUNE/AFRIQUE DE L’OUEST : Faut-il brûler la CEDEAO ?

La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest, CEDEAO, est bien malmenée en ce moment par une partie des opinions africaines. On lui reproche pêle-mêle sa sévérité contre le Mali, sa complaisance à l’égard des chefs d’Etat qui changent leurs constitutions pour s’accrocher au pouvoir, son incapacité à anticiper les coups d’Etats et à les empêcher, son alignement sur la France, etc. N’est-on pas un peu trop sévère envers l’organisation régionale ? Ou est-ce juste de la méconnaissance ? A moins que l’on ne soit en train de se laisser manipuler. Mais avant d’en venir aux griefs formulés contre la CEDEAO, arrêtons-nous sur quelques-unes de ses réalisations. 
 
Essayez de circuler en Afrique centrale d’un pays à l’autre et vous verrez la différence. Dans cette partie de notre continent, qui a aussi une communauté économique comme la CEDEAO, les citoyens de la zone doivent obtenir un visa pour aller d’un pays à un autre. En Afrique de l’ouest, dans la zone CEDEAO qui comprend quinze Etats, les personnes et les biens circulent en toute liberté. Une simple carte d’identité suffit à un Ivoirien par exemple pour aller dans les quatorze autres pays de la CEDEAO et s’y installer s’il le souhaite. Un industriel ivoirien peut écouler ses produits dans les quatorze autres pays en toute liberté. Les pays membres de l’Organisation ont décidé d’appliquer ce que l’on appelle le tarif extérieur commun, qui signifie qu’un produit en provenance d’un pays extérieur à la zone sera taxé au même taux, quel que soit son point d’entrée.

C’est cette zone de libre échange que l’on veut étendre désormais à toute l’Afrique à travers la ZLECAF, à savoir la Zone de libre échange continentale africaine. La mission de la CEDEAO est de promouvoir l’intégration « dans tous les domaines de l’activité économique, notamment, l’industrie, les transports, les télécommunications, l’énergie, l’agriculture, les ressources naturelles, le commerce, les questions monétaires et financières, les questions sociales et culturelles… » Mais cette mission économique a évolué pour s’étendre au maintien de la stabilité régionale avec la création en 1990 de l’ECOMOG (Economic Community of West African States Cease-fire Monitoring Group), une force militaire d’interposition qui est intervenue dans les guerres civiles du Liberia, de Sierra Leone et de Guinée-Bissau. De même ce sont des troupes de la CEDEAO qui ont obtenu le départ du président gambien Yahya Jammeh qui avait voulu s’accrocher au pouvoir après avoir perdu l’élection présidentielle dans son pays, sans qu’il n’y ait eu un seul mort. La CEDEAO, dont l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) est une émanation, envisage aussi de créer une monnaie unique baptisée l’Eco.
 
Dans l’ensemble, nous, ouest-africains, nous pouvons nous vanter d’avoir créé un union économique dynamique, une des rares qui marche sur tout le continent. Certes, la perfection n’étant pas de ce monde, beaucoup de choses restent certainement à améliorer dans cette organisation. Cependant nous devons nous garder de jeter le bébé avec l’eau du bain. Et surtout accuser la CEDEAO de ne pas faire des choses qui ne sont pas de son ressort. Concernant les coups d’Etat, la position de l’Organisation a toujours été constante.

Elle y est opposée et tout Etat qui subit un coup d’Etat est aussitôt suspendu des activités de l’Organisation jusqu’au rétablissement de l’ordre constitutionnel. Chacun de nous peut estimer qu’un coup d’Etat est salutaire en raison de la mauvaise gouvernance des autorités légales, mais pour la CEDEAO un pouvoir légal ne doit jamais être renversé par un coup de force. Concernant le Mali, les militaires qui ont renversé le président Ibrahim Boubacar Kéïta s’étaient engagés à organiser des élections dans un délai de 18 mois. Puis, à un mois de la fin de cette échéance, ils ont proposé un nouveau délai de cinq ans. C’est-à-dire carrément la durée d’un mandat dans nos pays. Qui peut accepter cela ? Pourquoi veut-on que la CEDEAO accepte cela ? Qu’ont fait ces militaires pendant ces dix-huit qui justifierait qu’on leur donne encore ce délai ? Rappelons qu’en Côte d’Ivoire, les militaires qui ont renversé le président Bédié ont organisé des élections en dix mois. Sans doute, les déclarations intempestives de certaines autorités françaises ont donné le sentiment d’un certain paternalisme et d’une ingérence intolérable de la France dans les affaires intérieures d’un Etat souverain, mais cela ne doit pas cacher la réalité.

Des militaires qui n’ont démontré aucune compétence à diriger le Mali veulent confisquer le pouvoir en s’acoquinant avec une firme de mercenaires russes plus enclins à piller les pays où ils sévissent qu’à y instaurer la paix. Ceux qui veulent brûler la CEDEAO ne se rendent pas compte qu’ils sont en train de se faire complices d’un grand brigandage sur le Mali.

Concernant le silence de l’Organisation devant les changements de constitution qu’opèrent certains chefs d’Etat pour se maintenir au pouvoir, il faut savoir que tout pays membre est libre de modifier sa constitution comme il l’entend. Cela va de soi. Il leur est cependant demandé de ne pas le faire six mois avant une élection présidentielle. Qu’est-ce qu’on ne comprend pas ici ?
 
Par Venance Konan
 

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