Communication Afrique Destinations

LE FEUILLETON/SAMBIENI, LE ROI DE L’EVASION : Enquête sur la vie et mort d’un mystérieux gangster (CHAPITRE VII)

L’INSAISISSABLE

Branle-bas à la prison civile de Cotonou. Le retour du Grand Théo fut très remarqué. Tout le monde en parlait, Forces de sécurité publique comme détenus politiques ou de droit commun. Dans l’enceinte de la fameuse « maison blanche », la cellule dans laquelle il se trouvait désormais, il côtoyait plusieurs personnes, notamment des hommes politique détenus pour diverses raisons par le régime du parti de la révolution populaire du Bénin (PRPB) du président Mathieu Kérékou, mais aussi des étrangers et des gangsters. Même si tous ne le connaissaient pas vraiment, les jours qui suivirent son arrivée, ils avaient entendu parler du lui en des termes qui inspiraient plutôt inquiétude et méfiance. Lui, ne se cassait pas la tête. Ses vacances en prison allaient durer seulement le temps qu’il voulait. D’ailleurs, il n’avait pas mauvaise mine depuis qu’il était là. 

Au lieu d’être taquin comme à son habitude, il se comportait plutôt bien envers les uns et les autres et offrait toujours sa médiation en cas de dispute ou de bagarre. C’était le défenseur des détenus de droit commun. Pour plus d’un, le Grand Théo était intéressant car il animait la galerie pour tuer le temps et leur faire oublier leurs soucis. Ses deux meilleurs amis étaient Alicio D et un Guinéen du nom de Fofana. En dépit des efforts du Grand Théo, son ami Fofana n’avait plus d’espoir en l’avenir. Il voulait en finir avec la prison, fût-ce au prix de sa vie. Après moult investigations, les autorités militaires décidèrent enfin de prendre des sanctions contre lui. Ainsi, le 1er juin 1984, le Grand Théo fut radié des Forces armées populaires (FAP). Motif : vol d’armes de guerre, usurpation de fonction, etc. La nouvelle ne l’émut pas outre mesure. Il l’accueillit par ailleurs avec sarcasme. Ce qui comptait, c’était le présent. La situation de Fofana l’affligeait, car celui-ci préférait mourir plutôt que de continuer de vivre dans cet enfer terrestre. Face à ce cas désespéré, le Grand Théo décida de l’aider à accomplir son dessein. Pourtant dépourvu de matériel pour le faire, il improvisa une corde à l’aide des restes d’un pantalon usagé. Heureusement, le plan ne connut pas un début d’exécution. Parmi les prisonniers de droit commun, certains vendirent la mèche. Les Forces de l’ordre réagirent alors avec promptitude. 

A partir de ce moment, le Grand Théo ne fut plus admis à rester avec les autres prisonniers. Il fallait l’avoir à l’œil à tout moment. A cause de sa témérité sans commune mesure, on le transféra à la « maison blanche », plus précisément au poste de police. Là, les Forces de l’ordre le tenaient en respect et à l’oeil. Cependant, elles répondaient promptement à ses desiderata afin d’éviter tout malentendu autant que possible. Personne n’ignorait qu’il ne se résignait jamais, qu’il pouvait à tout moment se déchaîner et commettre une gaffe. 

Des jours passèrent. Au poste de police, les relations du Grand Théo avec les gardes se détériorèrent et une crainte permanente s’installa. Celle d’être ses victimes. Pour sa part, la récréation n’avait que trop duré. Comme d’habitude, sans savoir exactement comment l’évasion fut préparée, le Grand Théo disparut avec son compère, Alicio D. A la prison civile de Cotonou, le calvaire commença pour les Forces de l’ordre. Aussitôt l’absence du Grand Théo constatée, elles fouillèrent sans cesse les abords de la prison sans succès, et entamèrent des enquêtes discrètes en ville. Mais c’était toujours le fiasco. Il en fut ainsi pendant des jours et des nuits. Jamais auparavant, elles n’avaient mis autant d’entrain à rechercher un prisonnier évadé sans le retrouver. Elles en conclurent cependant qu’il ne devait pas se trouver loin de Cotonou. Effectivement, Sambiéni était encore là en train de tourner dans la ville de cachette en cachette. Il n’en demeurait pas moins qu’il cherchait un moyen pour s’éloigner. 

Un soir, au crépuscule, il se rendit au marché international de Dantokpa. Mais il quitta vite le centre commercial où le flot d’hommes qui montait et descendait ne lui permit pas de faire une opération discrète. Sans se soucier d’être recherché, il fonça au commissariat de police de Dantokpa. Son objectif, s’emparer d’une moto parmi le lot qui se trouvait devant ledit commissariat. En tout cas, d’une démarche assurée, il arriva à l’endroit. Les engins à deux roues saisis auprès de leurs propriétaires étaient attachés les uns contre les autres. Le Grand Théo s’arrêta, jeta des coups d’œil pour surveiller les alentours. Apparemment, personne ne s’occupait de lui et alors, il commença par défaire les cordes. La besogne n’alla pas aussi vite que prévue. Alors qu’il s’y évertuait, monsieur A. sortit du commissariat, et son regard se porta sur le Grand Théo. Mais celui-ci s’obstina à aller jusqu’au bout de ses efforts. Il s’activa même davantage en y mettant de la célérité. Hélas ! Les pas furtifs du flic qui avançait le mirent en déroute. 

Il courut à toute vitesse, suivi d’une personne qui avait entendu crier « au voleur ». A la lisière de la lagune du nouveau pont de Dantopka, le Grand Théo fit un plongeon dans l’eau, tel un homme-grenouille. D’autres flics ayant accouru perdirent ses traces là. N’empêche, des nageurs furent envoyés sous l’eau à sa poursuite. Une demi-heure après, ils 136 parvinrent à appréhender le Grand Théo et le firent sortir. Les policiers le prient et il fut reconduit à la prison civile de Cotonou où ils savaient qu’il était détenu. 

Cette fois-ci, un peloton des Forces de l’ordre s’occupa de lui. La vigilance fut redoublée sans discontinuer. Des consignes strictes furent données aux gens de piquet. Une semaine s’écoula. Le Grand Théo apprit que les Forces de l’ordre qui étaient de garde lors de son évasion se trouvaient derrière les barreaux au PCO (une prison politique tristement célèbre). Il transmit une requête aux autorités militaires afin qu’on les mette en liberté. Pour lui, ils n’étaient que des victimes expiatoires de ses agissements. Car ils ne pouvaient pas l’empêcher de s’évader. De peur qu’il rééditât son forfait, on l’envoya au camp militaire Guézo, le seul camp militaire de Cotonou. Il y retrouva certains de ses anciens compagnons de Libye. Mais même parmi les plus durs, il était indésirable. On le retourna à Porto-Novo.  

A suivre…

Ajouter un commentaire

Le code langue du commentaire.

HTML restreint

  • Vous pouvez aligner les images (data-align="center"), mais également les vidéos, citations, etc.
  • Vous pouvez légender les images (data-align="center"), mais également les vidéos, citations, etc.
Communication Afrique Destinations